
Le musée ethnologique du Musée du Vatican a été créé en 1926, par le pape Pie XI. C’est un musée d’esprit « missionnaire », constitué d’objets collectés par les missions catholiques pour faire connaître les traditions culturelles, artistiques et spirituelles de tous les peuples. Il ne compte pas moins de 80 000 objets (dont des objets préhistoriques) et couvrent tous les continents (Afrique, Asie, Amériques, Océanie). Après bien des avatars, et des éclipses (dont des mises en caisses), il a fait l’objet, depuis le début des années 2000, d’une rénovation complète par étapes, qui sont devenues marquantes vers 2020 avec l’inauguration des zones Amériques et Afrique en 2022. Il propose parcours permanent et expositions temporaires. Il dispose d’un laboratoire de recherche et mène de nombreux projets de valorisation. Il produit des catalogues par aire géographique ou culturelle, malheureusement dans des maquettes qu’on va dire classiques. Un vaste ensemble baptisé Anima Mundi, d’environ 4 000 m2, présente une importante sélection d’objets, dans une superbe muséographie (voir cette vidéo)
Lors d’une inauguration partielle, en 2019, le Pape François a insisté sur le fait que le Vatican « préserve l’art de tous les peuples du monde avec la même passion que les chefs d’oeuvre que le chefs d’oeuvre de la Renaissance ou les cultures immortelles de la Grèce et de Rome ». Le propos papal ne saurait être démenti… mais il appellerait des nuances.
On ne peut guère attendre du Musée du Vatican que l’ethnologie soit tout à fait au coeur de ses préoccupations, ou que sa scientificité soit vierge de ce qu’on peut appeler la géopolitique religieuse.
Lors de notre visite, les espaces Afrique et Amérique du Nord étaient fermés sans aucun préavis – très probablement pour un problème de gardiennage. Les vastes vitrines sont plutôt « civilisationnelles » et n’entrent guère dans les détails – si certaines pièces sont très commentées, d’autres sont dépourvues de cartels -. « L’art chrétien indigène », pour reprendre la formule utilisée par le Musée, fait l’objet d’un traitement particulier, mais qui reste raisonnable. On rapproche sans doute un peu rapidement toute statue de maternité d’une Vierge à l’enfant. Enfin, on ne s’attarde pas toujours sur les circonstances et les modalités de collecte… On notera tout de même que le Vatican a procédé récemment à une restitution au Canada d’une soixantaine d’objets « autochtones » – masques traditionnels , canoë inuit… considérés comme sacrés.
Malgré ces quelques réserves, la visite est très agréable, instructive, impressionnante, même, et les vitrines regorgent de chefs d’oeuvre, de pièces remarquables dans une présentation qui pourrait faire pâlir d’envie nombre de musées européens dédiés aux cultures du monde. On verra plus bas quelques exemples.
En sortant d’Anima Mundi, – ou du moins ce qu’il nous a été possible d’en voir…, on ne peut que souscrire aux propos du Pape François, sur le fait que « l’art naît du coeur des peuples et va au coeur des peuples » ou encore qu’il « faut regarder chaque culture, autrui, avec ouverture d’esprit et bienveillance »…
Et si Détours des Mondes montait un voyage à Rome ?
Denis Bruckmann












Ttes illustrations DB
