Une rencontre au Louvre (Paris) : Louvre versus Métropolitan Museum (New-York) : quelles rénovations d’espaces pour les Arts premiers ?

Au printemps 25, le Métropolitan Museum de New-york a rénové, après plus de trois ans de travaux, son aile Rockefeller, consacrée aux Arts premiers (Afrique, Océanie, Amérique ancienne).

A la fin de l’année dernière, c’est au tour du Louvre d’avoir ouvert sa Galerie des cinq continents, en lieu et place du Pavillon des Sessions.

Une belle occasion pour le Louvre de proposer, le 29 janvier dernier, un dialogue (animée par Marguerite Leroy) entre Souleymane Bachir Diagne, un des inspirateurs du projet pour le Louvre et Alisa LaGamma, pilote du projet pour le Métropolitan, au titre de sa responsabilité sur les Arts premiers au Métropolitan.

S’ils ont dialogué très plaisamment, les deux conférenciers ne se sont pas situés sur le même terrain.

En conservatrice avisée, Alisa LaGamma a surtout valorisé le considérable travail de transformation accompli au MET. Elle est revenue sur beaucoup d’enjeux : l’approche à la fois spécifique et diagonale des différentes aires géographiques (qui restent séparées au MET à l’inverse du Louvre), l’approche architecturale – l’esthétique des salles, la lumière, qui veulent faire allusion à l’environnement et à l’architecture des aires concernées (à l’inverse du Louvre, où la rigueur de Wilmotte s’empare de tout l’espace), la considérable mise à jour internationale des savoirs sur les objets, et au premier chef, la question des provenances ou de l’identification des auteurs (sur lesquelles le Louvre est beaucoup moins disert), l’articulation avec les collections occidentales (qui est centrale au Louvre) ou l’art contemporain.

C’est évidemment en philosophe que Diagne a abordé le dialogue, en rappelant d’abord les résistances du Louvre à la création du Pavillon des Sessions, et en poursuivant, avec le talent qu’on lui connaît, sa réflexion sur le commun, l’universel. Comme s’il avait eu vent de quelques critiques qui ont pu être portées sur la Galerie des cinq continents, il s’est attardé sur la question du rapprochement des objets, de leur apparentement ou comparution, pour reprendre son terme. Il a invité à ne pas forcer les rapprochements, à ne pas vouloir à tout prix établir des analogies, des oppositions. Dans la présence côte à côte des objets, leur présence ensemble, il peut y avoir du flottement, du non-concordant, de l’intraduisible.

Evoquant la célèbre statue dédiée au Dieu Gou (du Bénin, qui n’est plus présentée dans la Galerie des cinq continents, et semble avoir été mise en réserve), il a parlé avec une grande sagesse de la question des restitutions, en s’appuyant sur l’exemple de l’Allemagne et du Nigéria. Si le Nigéria réclame la propriété de certains objets, il n’en demande pas systématiquement le rapatriement, souhaitant assurer la représentation de ses cultures dans certains grands musées européens. Découpler propriété et localisation est, selon Diagne, une bonne orientation pour aborder ce sujet qui empoisonne depuis de longues années le paysage des Arts premiers. La créativité humaine est un seul et même mouvement, qui se distribue dans les différentes cultures, a-t-il rappelé, et le Musée, quelle que soit sa localisation, doit d’abord être le « lieu du commun », pour reprendre une expression de P. Chamoiseau.

Denis Bruckmann

Photo DB

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