3 questions à Ana Carolina Gonzalez, chargée de communication au Musée-Château Vodou de Strasbourg

Ana Carolina, devant Kélessi, le seul fétiche actif du musée, qui protège les collections et les visiteurs…

Ana Carolina a conduit une visite passionnante d’un groupe de membres de DDM au Musée Château Vodou, le 5 novembre dernier. Pour aller plus loin, elle a accepté de répondre par écrit à quelques questions notamment sur sa vision du Vaudou… Merci Ana Carolina !

Comment votre itinéraire vous a-t-il conduite à intégrer les équipes du Musée Vodou ?

Je crains que la réponse ne soit pas particulièrement intéressante. Jeune diplômée en Histoire de l’Art à l’Université de Strasbourg, avec un deuxième diplôme en design déjà en poche, je me suis lancée à la recherche d’un poste dans le milieu culturel. J’ai postulé un peu partout en France et, par chance, la directrice du musée Vodou a bien voulu me faire confiance — ce qui n’est pas toujours évident lorsqu’on porte un nom hispanique et que l’entretien confirme l’origine. Je souligne cet aspect, car dans ce milieu, il n’est pas simple de se faire une place : la crainte de mal parler ou de mal écrire n’est jamais bien loin.
Après six ans passés au sein de l’équipe Vodou, je me dis qu’il n’y avait qu’ici que je pouvais commencer mon parcours : ici, on n’a pas peur de l’inconnu.


Selon vous, qu’est-ce qui explique la fascination de certains publics aussi bien intellectuels que populaires pour le Vaudou ?

Une fascination, j’ignore si, pour la plupart des visiteurs, il est réellement question de fascination ; ce qui est certain, c’est que le vodou intrigue. On peut expliquer cette curiosité, d’une part, par l’image du vodou véhiculée par les films, les bandes dessinées ou les jeux vidéo, et, d’autre part, par ses dimensions religieuse, philosophique et anthropologique. Le vodou demeure une façon de voir le monde très éloignée de ce que nous connaissons en Europe. Il faut aussi reconnaître qu’il a cette particularité d’engendrer davantage de questions que de réponses au fil des recherches ; c’est sans doute là l’une de ses forces.


Quels sont pour vous les principaux apports des objets vaudou à l’histoire de l’art ?

J’ignore si des apports à l’histoire de l’art — qui, par essence, demeure une histoire et un art occidentaux — peuvent être attribués aux seuls objets vodou. Je ne le pense pas. Pour moi, il s’agit d’apports avant tout plastiques et esthétiques, attribuables à l’ensemble de la création africaine depuis l’arrivée des premiers objets en Europe, à la faveur des colonisations.
Il me semble que l’un des apports les plus intéressants de ces objets, toujours en partie indéchiffrables, est d’avoir permis aux artistes de voir autrement. Ne plus créer à partir du réel, entendu comme ce que l’on voit ; ne plus interpréter le réel, avec toutes les altérations que cela implique. Je pense que, de manière très générale et pour le dire sommairement, ces créations — dont les créations vodou — ont ouvert des voies nouvelles à la création et à l’interprétation des réalités, par la forme et par le geste.

Laisser un commentaire