
En France, dans le monde des Arts premiers, la reconfiguration du Pavillon des Sessions du Louvre en Galerie des Cinq Continents a été un des événements marquants de l’année dernière. Son inauguration a été quelque peu éclipsée par le regrettable cambriolage du Louvre et les débats qui l’ont suivi sur les moyens du Musée.
Outre quelques transformations dans l’espace, l’ajout d’une oeuvre de Marlène Dumas, artiste contemporaine désormais quasi-classique, la création d’un nouvel accès aux autres collections du Louvre, l’introduction de multimédia, la participation d’autres musées français à la présentation, l’enjeu était de réconcilier, si besoin, les arts qu’on a longtemps dits lointains avec l’art occidental, de les faire dialoguer, et appréhender ensemble par les publics dans une approche culturelle mondialisée.
Si, globalement, on ne peut que se réjouir que le Louvre, en dialogue avec Branly, fasse des efforts pour les arts extra-occidentaux, si personne ne regrette la volonté de cette rénovation d’aller vers plus d’universel, des remarques un peu dissonantes apparaissent ici et là dans la presse, ou même dans l’avis des visiteurs : nombre de pièces d’Arts premiers à la baisse, scénographie jugée majestueuse mais aussi glaciale, interrogations sur les coûts de l’opération – très largement mécénée – au moment où se révèlent des fragilités dans la sécurité du Louvre, question du dialogue entre les arts…
Pour participer aux débats, nous publions ici l’intéressant point de vue de Yves Dietz, membre de Détours des mondes, qui a bien voulu porter par écrit un témoignage sur sa visite. Merci Yves !
« Le pavillon des Sessions, qui abritait les objets d’art extra-européens selon une organisation par grande aire géographique (Afrique, Océanie, Asie, Amériques), devient en 2025 la Galerie des cinq continents. Son but principal est de faire dialoguer, sur un pied d’égalité, des œuvres issues de cultures du monde entier. La présentation est organisée autour de huit thèmes : naître et mourir, croire, manifester l’autorité, asseoir son prestige, orienter le sort, expliquer le monde, se concilier les éléments, passer d’un monde à l’autre.
Le but est-il atteint ?
Dès l’entrée, le visiteur est pris dans les lignes de mire d’un immense moaï de l’Île de Pâques d’un côté, et d’un sarcophage égyptien en marbre blanc de l’autre. Cela commence donc plutôt bien. La suite est plus compliquée.
Dans la salle Naître et mourir, des vitrines présentent des objets de différentes cultures ayant la même fonction, dans une analyse comparative : ces gardiens de reliquaire alignés en rang d’oignon dialoguent-ils ? Pas vraiment. Il en est de même pour la série de masques mortuaires. En revanche, la magie opère lorsqu’un crucifix et un kavakava de l’Île de Pâques se retrouvent côte à côte dans la même vitrine. Pour quelles raisons ? Les postures, l’expression de douleur, les côtes saillantes révélant l’humanité et sa fragilité, le poli des matières (ivoire pour le Christ, sophora toromiro pour le kavakava), tout se répond parfaitement.
La salle consacrée au thème Manifester l’autorité est la plus spectaculaire, présentant des objets très impressionnants comme la statue Trrou Körrou de l’île Malo (Vanuatu), le grand masque tukah de Bamendou (Cameroun), les sculptures en troncs de fougères arborescentes des Îles Banks (Vanuatu), la sculpture-crochet de PNG, etc. A côté de ces pièces majeures, la statue équestre d’Emmanuel Philibert de Savoie fait piètre figure. Et que dire des lansquenets ?
Dans les petites salles qui viennent ensuite, les objets majeurs écrasent, par leur présence même, les pièces de moindre importance qui ne peuvent lutter. Ainsi en est-il, dans la salle Orienter le sort, d’une collection d’amulettes sur laquelle l’œil ne s’appesantit guère ; de même, dans la salle Se concilier les éléments, la sainte Marguerite paraît bien fade et l’amulette « contre les moustiques » anecdotique.
Au final, on peut se réjouir d’une réelle mise en valeur des pièces importantes qui satisfait l’œil de l’amateur. Pour le néophyte qui cherche à s’instruire, la recherche des cartels soigneusement écartés des vitrines afin de ne pas nuire à l’esthétique, risque, à la longue, de lasser.
Que reste-t-il de cette visite ? La forte impression laissée par les pièces les plus spectaculaires, généralement d’Afrique, d’Océanie ou des Amériques, au détriment d’un art occidental mal représenté et vite oublié. Et, de dialogues, finalement point, sauf en de rares exceptions. »
Yves Dietz

Merci. Je suis de votre avis. Je suis très déçu.
En outre, je trouve dommage que le Louvre n’ait pas profité de l’occasion pour inclure aux cartels des QR codes permettant de télécharger des informations supplémentaires.
Au niveau de la forme, les œuvres d’art occidentales choisies sont d’une qualité esthétique bien moindre que celles des sociétés extra-européennes.
Au niveau du fond, je ne suis pas sûr que les œuvres retenues permettent de comparer les démarches et états d’esprit d’artistes issus de sociétés animistes qui ont, en plus, totalement ou quasiment disparues à ceux de créateurs opérant au sein de religions monothéistes qui perdurent encore. Elles n’appartiennent pas aux mêmes paradigmes. Ce ne sont pas les mêmes enjeux, ni les mêmes types d’angoisses à résoudre qui ont présidé à leurs créations.
On reste à la surface des choses. On réduit ses œuvres d’art à de simples objets de vitrine alors qu’il eu fallu pour chacune d’elles expliquer les sociétés qui les ont vu naître, les raisons qui ont présidées à leurs créations et ce qu’elles étaient censées résoudre ou montrer.
Il eu fallu faire intervenir des ethnologues, des experts des sociétés et des religions concernées.
Fallait il créer cette galerie des cinq continents au risque d’aboutir à une sorte de bougli bougla ou intensifier le pavillon des sessions en améliorant notamment la scénographie et les explications ? Avons-nous affaire à une démarche politicienne qui dépasse potentiellement le rôle d’un musée ou à un choix d’experts qui doivent donner toujours plus de sens ?
Au fond cette galerie des cinq continents est aussi décevante que le musée du Quai Branly qui se contente de montrer sans guère expliquer.
La forme suppléé au fond.
Peut être les musées du Quai Branly et du Louvre ont ils laissé trop de pouvoir à leurs designers respectifs Jean Nouvel et Jean Michel Wilmotte au détriment des « sachants », ethnologues et experts ?
Doit on concevoir un musée quasiment de la même façon qu’une galerie d’art d’un antiquaire ou d’un marchand ?
Je vous remercie à la fois de votre lecture et de votre mansuétude par rapport à mes propos potentiellement mal formulés mais je pense qu’il y a un débat à lancer.
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Merci de ce message, je le transmets à martine, et à l’auteur de l’article, pour leur info. En souhaiteriez vous une publication plus large ? Bien à vous, Denis B.
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