Les chemins qui mènent à l’art africain sont multiples. Lorsque des amis viennent à la maison, ayant vu les masques et statuettes qui occupent une partie des murs et des surfaces planes, certains repartent sans avoir fait le moindre commentaire mais les plus téméraires nous interrogent : pourquoi aimez-vous les arts africains ? qu’est-ce qui vous a donné l’envie de collectionner ?
Dans mon cas, cela a commencé dans la maison familiale, en banlieue parisienne, où j’ai grandi : j’y côtoyais quotidiennement une statuette et un masque africains. L’une et l’autre se trouvaient dans la cage d’escalier que j’empruntais plusieurs fois par jour. Ce n’était pas grand-chose en soi, mais ces objets faisaient partie de mon univers quotidien.
La statuette avait elle-même sa propre histoire. Mon père alors âgé de 17 ans avait fait seul le voyage de Strasbourg à Paris spécialement pour voir l’exposition coloniale internationale de 1931. Sur le pavillon de l’Afrique Occidentale Française, un artisan avait proposé à mon père de faire une petite balade et une statuette serait sculptée à son retour.

Étiquette collée sous la base : « Statuette en bois exotique taillée à la main par un nègre de l’Afrique occidentale française. Mercredi le 8 et jeudi le 9 juillet 1931. Exposition Coloniale Internationale de Paris. Edgar Dietz
Mon père était rentré en Alsace enthousiasmé par cet univers et son exotisme qu’il avait fixé en une bonne cinquantaine de photos prises avec son appareil.

Ce goût pour l’ailleurs allait plus tard le faire voyager bien au-delà des frontières de l’Hexagone. Pilote dans l’aviation commerciale, il assura régulièrement pendant plusieurs années les principales liaisons avec les colonies et territoires français de l’époque : Dakar, Abidjan, Nyamey, Libreville, Djibouti, Papeete… C’est lors d’une escale qu’il acheta le masque, sur un marché local je suppose (je n’ai malheureusement pas eu la curiosité de lui poser la question lorsqu’il était encore en vie).

Ces deux objets furent les graines d’une passion qui germa quelques années plus tard.
Un jour de novembre 1989, me promenant dans Paris, je passe par hasard rue Bonaparte devant la vitrine de la galerie « L’Île du Démon ». Deux masques font la devanture : un Baoulé et un Dan. Je tombe en arrêt devant le masque Dan qui me séduit par sa patine, sa simplicité et l’efficacité du style. En deux mots il me plaît mais le prix affiché est élevé, presque 2,5 mois de mon salaire de l’époque. En même temps, ce prix me rassure inconsciemment car j’imagine qu’il est gage de qualité. Quelques jours plus tard, je retourne à la galerie avec, en poche, l’argent correspondant au prix demandé moins 20 %. Le marchand accepte mon offre et je repars avec mon premier objet d’art africain. Je viens d’avoir 29 ans. Ce masque est toujours dans notre collection et j’ai pour lui une affection toute particulière.

Plus rien ne se passe jusqu’à ce jour de juin 1998 où mon ami me signale une vente d’arts primitifs suffisamment importante pour que Le Monde lui consacre un article : il s’agit de la vente de la collection de Monsieur et Madame Solvit et à divers amateurs. J’y achète deux objets, un tabouret à cariatides Chokwe et un petite figurine en os Lega. A partir de cet instant, recevant les catalogues, nous nous mettons à acheter régulièrement en salles de ventes et en galeries, à chaque fois en confrontant l’avis de l’un à celui de l’autre. Les visites d’expositions et de musées deviennent aussi plus régulières
Dans ce parcours, il y aura eu des ratés du fait de notre méconnaissance du sujet : achats d’objets qui se sont révélés être des faux, objets surpayés, etc. Mais je ne regrette rien : cela fait partie de la formation du collectionneur. En 2020, la pandémie du Covid-19 a été salutaire de façon tout à fait inattendue lorsque Tribal Art offrit à ses abonnés un mois d’accès libre à la base AHDRC : je découvrais là l’outil idéal pour explorer les corpus, analyser et comparer les styles, en bref un outil dont je ne peux plus me passer aujourd’hui. Cette base et Artkhade sont, de mon point de vue, deux outils complémentaires très utiles et riches d’informations pour un collectionneur d’art africain.
Depuis quelque temps, l’appartement étant bien rempli, le rythme d’achat s’est considérablement ralenti mais la passion demeure. Car, et c’est l’intérêt de cet art, plus on en connaît, plus on s’aperçoit qu’on en sait peu et qu’il y a toujours à en apprendre !
