
On ne sort jamais des expositions de la collection Al-Thani sans être ébloui, au sens figuré, mais aussi au sens propre, car elles déversent sous les yeux, parfois fatigués, une quantité d’orfèvrerie, de joaillerie, qui peut aveugler… Animalia n’échappe pas à la règle. Vaste panorama autour de la figure réelle ou imaginaire de l’animal, elle promène dans de nombreuses cultures et sur une période du temps qui s’étend du IIIè millénaire avant Jésus-Christ jusqu’au 20è siècle. Composée de 120 objets, dont certains présentés pour la première fois à Paris, elle reste cependant à taille humaine…
Les amateurs d’Arts premiers, parfois un peu exclusifs, en feront sans doute rapidement le tour : un peu d’Afrique, de North West américain ne répondront sans doute pas tout à fait à leur désir d’une célébration de l’animal dans des cultures où il a un rôle tout à fait essentiel. Mais il ne faut pas manquer l’évènement, notamment pour une pièce exceptionnelle, d’aucuns diraient sublime, un chef d’oeuvre, commenté, ici et là, dans la presse : un rhython (soit un récipient pour boire, utilisé parfois dans des cérémonies) en forme de zébu, « modeste » terre cuite d’Iran (culture Amlash), datant d’environ 1000 ans avant Jésus-Christ.
Comme on le sait, le brillant n’est pas toujours le plus émouvant… La ligne de la pièce et ses volumes extraordinaires d’abstraction et de mouvement, sa taille (environ 45 cm), sa matière (la terre cuite), son ancienneté, sa patine et son état de conservation en font, avec quelques autres, le joyau de cette exposition, superbement éclairée, disons-le au passage… Picasso n’est pas loin, presque 3000 ans avant Picasso…
Denis Bruckmann

Animalia : bestiaire de la collection Al-Thani, Hôtel de la Marine, jusqu’au 10 janvier 2027, Plein tarif : 13 euros, catalogue. Ill DB
