Christian Travers, grand voyageur et photographe chevronné, membre de notre association, revient de Bornéo et nous fait partager les superbes images d’un rituel Hudoq qu’il a ramenées de Kalimantan, accompagnées d’un commentaire indispensable.
« C’est à Tenggarong, au nord de la province, que l’on peut appréhender la tradition Hudoq qui se perpétue chez les Dayaks Modang et Bahau. Assister au rituel qui est la manifestation de la présence du dieu Hunyang Tanangan, le gardien du riz, est une opportunité rare.
Le dieu descend sur terre au moment des premières semailles de riz, de maïs, et de canne à sucre, suite à la demande explicite des humains en quête de sa bénédiction. C’est à la fois la célébration et la fête des récoltes, pour remercier les dieux et leur demander protection pour la récolte à venir.
Pour ce rituel les danseurs portent d’impressionnants masques d’aspect anthropo-zoomorphes représentant les fléaux qui détruisent les récoltes : les rats, les singes, les corbeaux, les sangliers, les serpents…Ils sont ambivalents : Ils repoussent les mauvais esprits et attirent les bons qu’ils incarnent à la fin du rituel.
Chaque masque est surmonté de plumes et le costume est fait d’écorce et de feuilles de bananiers ou de cocotiers, fraichement cueillies.
L’entrée des masques qui représentent les fléaux est accompagnée par un orchestre et le chamane, vêtu d’un superbe costume ouvre la marche. Il commence par nourrir les esprits à travers un bambou pour s’assurer de leur bienveillance. Ensuite il convient d’alimenter les masques qui représentent les fléaux. Par leur attitude et leurs cris ils manifestent leur satisfaction
Après les prières adressées au dieu par le chamane la danse commence. Les gestes sont lents et saccadés. Ils sont accompagnés de cris gutturaux proférés dans la langue des dieux. Ils manifestent ainsi leur menace ou leur approbation et ils incarnent le lien qui existe entre la communauté et le monde supra naturel.
Après le rituel les figures des fléaux sont renvoyées par le chamane dans les forêts, les montagnes, les cavernes ou aux quatre points cardinaux.
Et à la fin du rituel, on l’imagine sans peine, les danseurs, transpirants, sont heureux de se débarrasser de leurs masques. »


















Texte et photos de Christian Travers juillet 2026.
