Photos de juillet 2026 et texte de Christian Travers
Les secondes funérailles sont des rituels organisés des mois ou des années après le premier enterrement qui a lieu juste après la mort. Ce rituel se nomme TIWAH. C’est la deuxième étape de la mémoire et du deuil. Ces doubles funérailles sont encore pratiquées à Madagascar (retournement des morts) à Sulawasi (Indonésie) et aussi entre autres en Colombie. Elles permettent de guider définitivement l’âme des défunts vers le ciel afin de rejoindre les ancêtres qui y ont déjà été accueillis.
A cette exigence spirituelle correspond aussi des considérations pratiques.
La première mise en terre doit être exécutée rapidement. La seconde cérémonie exige, en raison de l’importance qu’on lui attribue, que l’on prévienne toute la famille et les amis, parfois exilés au loin, et que l’on rassemble les fonds nécessaires à l’organisation de funérailles dignes de la personne défunte. On évoque un coût entre 6 000 et 12 000 $.
C’est pourquoi aujourd’hui, et c’est une recommandation du gouvernement, les familles sont invitées à se regrouper pour effectuer cette cérémonie qui dure une dizaine de jours. Le respect de cette coutume ne doit pas entraîner la ruine des familles !
J’ai pu assister chez les Nganju au début d’un rituel qui prenait en compte une vingtaine de défunts appartenant à la même famille dont un ancêtre particulièrement respecté. Une liste des défunts honorés a été établis. Un grand pilier central a été érigé. Il est entouré de tissus traditionnels auquel les défunts étaient attachés. Un peu plus loin vingt bambous qui portent chacun le nom des morts sont pointés vers le ciel. Un orchestre officie dans un local couvert à proximité. Dans une salle où un arbre de vie brodé à la main établit le lien entre les mondes une dizaine de dignitaires récitent des mantras en langage ngaju pour éloigner les mauvais esprits, au rythme de tambours qu’ils tiennent en main.
Plus tard une ronde s’organisera autour du pilier central. Ainsi profitant du sillage tracé par le chef de la tradition les âmes de ses descendants monteront avec la sienne vers le Lewu Tatau, les cieux les plus hauts, là où elles rencontreront le dieu suprême Ranying, afin que sous sa protection, les âmes soient épargnées de toute souffrance.
Un peu plus loin encore sont stockés les effigies des défunts qui seront bientôt plantés en terre. J’ai assisté au début de ce rituel le 2 juillet et l’on voit sur les belles sculptures que l’érection des effigies correspondant aux défunts ne se fera que le 13 juillet, date à laquelle les âmes rejoindront le ciel.











