Du côté de la peinture afro-américaine contemporaine…

L’année 26 nous aura gâté(e)s en matière de peinture afro-américaine (expression dont on ne garantit pas qu’elle soit encore politiquement correcte).

Ce printemps, le Musée Picasso avait présenté la première rétrospective en France de Henry Taylor, né en 1958, en Californie, et ce fut une vraie découverte. C’est une chronique de la négritude ordinaire en Amérique (ses parents avaient fui le Sud et ses lois racistes dans les années 40) . L’art des origines y tient peu de place, mais cette peinture est un magnifique éloge du corps noir, de la beauté noire, une réflexion aussi sur la négritude dans la peinture, et la peinture tout court.

Ce n’est pas un hasard si dans ce tableau intitulé « Pas seul » (2013) figure une grande statue féminine africaine… Cette présence est sans doute ancestrale, tutélaire…
Une réinterprétation des Demoiselles d’Avignon de Picasso, entièrement dédiée au corps noir

Cet automne, c’est au tour du Musée d’art moderne de la Ville de Paris, de présenter une vaste et puissante rétrospective de Kerry James Marshall, né en 1955 en Alabama, bien plus enraciné dans la civilisation d’origine, ses épreuves, en particulier l’esclavage, et ses longs combats pour acquérir des droits.

L’art classique africain y est plus présent, comme évocation du passé, puissance spirituelle (les références au vaudou ne manquent pas), acteur d’une histoire longue et souvent sanglante. Il est souvent placé dans des détails, des coins de tableau comme une présence discrète mais permanente. Il est visiblement le garant, le symbole d’une mémoire, dont Marshall indique, à plusieurs reprises, à quel point il est important qu’elle ne disparaisse pas. Quelques images pour donner envie aux membres de DDM d’y courir !

Denis Bruckmann

Une gravure de la série African Powers (années 80) consacrée aux divinités Yoruba
Dans cette scène d’intérieur et d’amour, Slow dance (1992), Marshall pose discrètement sur la table un vévé de l’esprit Erzulie Freda, divinité vaudou de la beauté et de l’amour
Au bas d’une scène d’atelier, The Academy (2012) consacré à un modèle noir, le poing levé comme les athlètes des Jeux olympiques de 1968, Marshall place un fétiche à clous du Congo, symbole de pouvoir.
Keeping the culture (2010) : dans ce tableau qui projette la planète dans un futur galactique, Marshall ne manque pas de poser un planisphère qui met l’Afrique au devant, et embarque objets Yoruba, Dogon, Bambara, Kulango, … Espérons qu’ils soient bien de l’avenir…

Ill. DB

Kerry James Marshall, The Histories, Musée d’art moderne de Paris, jusqu’au 24 janvier 2027, entrée plein tarif : 17 euros. Catalogue 45 euros.

Votre commentaire